L'inaptitude au travail en Nouvelle-Calédonie
Inaptitude au travail en Nouvelle-Calédonie : rôle du médecin du travail, reclassement, délai d'un mois, indemnités CAFAT et licenciement. Le guide employeur.

Quand un salarié ne peut plus tenir son poste pour raison de santé, l’employeur calédonien entre dans une procédure encadrée, balisée par des délais courts et des étapes obligatoires. L’inaptitude au travail en Nouvelle-Calédonie obéit à des règles propres au territoire, posées par le code du travail calédonien, et il serait risqué d’y appliquer les réflexes métropolitains. En Nouvelle-Calédonie, ce n’est ni la CAFAT ni le médecin traitant qui décide de l’inaptitude : c’est le médecin du travail, et la suite dépend entièrement du respect d’un calendrier précis. Voici comment ça fonctionne concrètement, et où se trouvent les pièges qui coûtent cher devant le tribunal du travail.
Inaptitude au travail en Nouvelle-Calédonie : de quoi parle-t-on ?
L’inaptitude, c’est l’impossibilité médicale pour un salarié d’occuper son poste. Elle se distingue de l’arrêt maladie classique, qui ne fait que suspendre le contrat le temps de la guérison. L’inaptitude, elle, remet en cause la poursuite du travail sur le poste actuel.
Première règle, et elle est centrale : seul le médecin du travail du service de santé au travail (le SMIT) peut prononcer cette inaptitude. Ni le médecin de famille, ni le médecin-conseil de la CAFAT, ni le médecin de l’entreprise. Un avis d’inaptitude émis par un autre professionnel ne tient pas. La jurisprudence calédonienne est nette là-dessus : une inaptitude prononcée par le médecin de l’entreprise ne constitue pas une cause réelle et sérieuse de licenciement.
L’inaptitude peut être d’origine non professionnelle (une maladie ou un accident de la vie privée) ou d’origine professionnelle (un accident du travail ou une maladie professionnelle reconnue). La distinction n’est pas anodine : elle change le calcul des indemnités de rupture, on y revient plus bas.
La visite médicale et l’avis du médecin du travail
Tout part de la visite médicale. À l’issue de l’examen, le médecin du travail étudie le poste, les conditions de travail réelles et l’état de santé du salarié. Il ne se contente pas de cocher une case : il formule des conclusions écrites qui servent de socle à tout ce qui suit.
Ces conclusions peuvent indiquer des aménagements possibles (un poste transformé, un temps de travail réorganisé, du matériel adapté) ou conclure à une inaptitude pour laquelle aucun aménagement n’est envisageable. Plus l’avis est détaillé, mieux l’employeur peut construire sa recherche de reclassement. Un avis vague met l’entreprise en difficulté.
À noter : pendant la phase d’arrêt qui précède souvent l’inaptitude, c’est la CAFAT qui prend le relais pour les indemnités journalières. On garde donc deux logiques séparées : l’indemnisation de l’arrêt par la CAFAT d’un côté, la décision d’aptitude par le médecin du travail de l’autre.
L’obligation de reclassement, première étape incontournable
Avant tout licenciement, l’employeur a une obligation : chercher à reclasser le salarié. Ce n’est pas une formalité de façade. Le poste proposé doit être adapté aux capacités du salarié, tenir compte des conclusions du médecin du travail, et être recherché dans toute l’entreprise.
La proposition de reclassement doit être soumise pour avis aux délégués du personnel avant d’être présentée au salarié. C’est une étape que beaucoup d’employeurs oublient, et son absence fragilise toute la suite.
Si le reclassement est impossible, l’employeur doit faire connaître par écrit au salarié les motifs qui s’y opposent. Cette obligation est posée par l’article Lp. 127-7 du code du travail de Nouvelle-Calédonie. Pas d’écrit, pas de motivation : la procédure est viciée.
Quelques points de méthode utiles à garder en tête :
- Explorer réellement toutes les possibilités d’aménagement ou de mutation, et garder une trace écrite de cette recherche.
- Consulter les délégués du personnel avant de présenter quoi que ce soit au salarié.
- Si le salarié refuse un poste de reclassement adapté, ce refus peut être pris en compte, mais il ne dispense pas l’employeur d’avoir respecté toute la procédure.
Cette logique de procédure rigoureuse se retrouve dans d’autres domaines RH du territoire : elle est proche de celle décrite dans notre article sur la procédure disciplinaire en Nouvelle-Calédonie, où la moindre étape sautée peut faire tomber la décision.
Le délai d’un mois : la règle qui surprend les employeurs
C’est la règle la plus piégeuse. L’employeur dispose d’un mois à compter de l’avis d’inaptitude définitif pour reclasser le salarié ou, à défaut, engager son licenciement. Ce délai ne se suspend pas, ne se prolonge pas.
Et voici ce que beaucoup ignorent : passé ce mois, si le salarié n’est ni reclassé ni licencié, l’employeur doit reprendre le versement du salaire correspondant à l’emploi que le salarié occupait avant la suspension de son contrat. Le salarié ne travaille pas, mais il est payé. Cette obligation de reprise du salaire après un mois d’inaction a été confirmée par la jurisprudence, et reprise récemment par la Cour d’appel de Nouméa (arrêt du 16 février 2026, RG n° 25/00024).
Autrement dit, l’attentisme se paie. Un dossier laissé en suspens « le temps de réfléchir » devient une dette salariale qui court mois après mois.
Le licenciement pour inaptitude et le rôle de l’inspecteur du travail
Quand le reclassement est impossible ou refusé, l’employeur peut engager le licenciement pour inaptitude. Mais en Nouvelle-Calédonie, ce licenciement n’est pas libre : il est soumis à l’autorisation de l’inspecteur du travail.
Concrètement, ce n’est qu’au terme de la procédure de reclassement (consultation des délégués, notification écrite des motifs) que l’employeur peut soumettre le projet de licenciement à l’inspection du travail. Si l’inspecteur n’a pas été saisi, ou si la procédure en amont n’a pas été respectée, le licenciement peut être déclaré nul par le tribunal du travail. La nullité, ce n’est pas une simple sanction financière : elle peut entraîner la réintégration ou des dommages-intérêts conséquents.
Cette exigence d’autorisation administrative rapproche l’inaptitude des situations à fort enjeu probatoire, comme celles traitées dans notre article sur le harcèlement au travail en Nouvelle-Calédonie.
Quelles indemnités pour le salarié inapte ?
Si le licenciement est prononcé, le salarié a droit à des indemnités dont le montant dépend de l’origine de l’inaptitude. C’est là que la distinction professionnelle / non professionnelle prend tout son sens.
| Situation | Indemnité compensatrice | Indemnité de licenciement |
|---|---|---|
| Inaptitude d’origine non professionnelle | Selon le préavis légal applicable | Indemnité légale de licenciement de droit commun |
| Inaptitude d’origine professionnelle (AT / MP) | Indemnité égale au préavis (sans exécution du préavis) | Indemnité spéciale, en principe doublée par rapport à l’indemnité de droit commun |
Pour l’inaptitude d’origine professionnelle, l’indemnité spéciale se calcule en principe sur le salaire moyen des trois mois précédant l’accident ou la maladie. Les modalités exactes de calcul (ancienneté, salaire de référence, montants planchers) gagnent à être vérifiées au cas par cas : une erreur de base de calcul se traduit vite par un rappel devant le tribunal. Pour sécuriser ces calculs et leur traitement fiscal et social, le réflexe est de s’appuyer sur un cabinet comptable. Notre partenaire AXEO intervient sur ce volet en lien avec la paie.
Côté arrêt de travail, avant la rupture, c’est la CAFAT qui indemnise :
- Maladie non professionnelle : indemnités journalières de 50 % du salaire soumis à cotisations (66 % à partir de trois enfants à charge), dans la limite de 360 jours sur trois ans.
- Accident du travail ou maladie professionnelle : indemnité journalière de 100 % du salaire net du mois précédant l’accident, plafonnée à 830 304 F CFP par mois (valeur au 1er janvier 2024), le premier jour restant à la charge de l’employeur.
Les barèmes et plafonds CAFAT évoluent : la référence officielle reste le site de la CAFAT et, pour le détail de la procédure, la Direction du Travail et de l’Emploi.
Sécuriser la gestion de l’inaptitude avec Altheo
L’inaptitude concentre tout ce qui rend la paie calédonienne délicate : des délais qui ne pardonnent pas, une articulation fine entre médecin du travail, CAFAT et inspection du travail, et des calculs d’indemnités où l’origine de l’inaptitude change tout. Une étape oubliée, et c’est la dette salariale ou la nullité du licenciement.
Chez Altheo, prestataire social calédonien dirigé par Christine Barbier et partenaire du cabinet comptable AXEO, nous prenons en charge l’externalisation de votre paie et de votre administration du personnel : suivi des arrêts et des avis du médecin du travail, calcul des indemnités, gestion des déclarations CAFAT, CRE et DNS, et accompagnement de vos procédures de rupture. Vous gardez la décision ; nous sécurisons l’exécution.
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Cet article est informatif ; les taux et modalités évoluent, vérifiez l’information à jour auprès des organismes calédoniens.
Questions fréquentes
Qui peut déclarer un salarié inapte en Nouvelle-Calédonie ?+
Seul le médecin du travail du service de santé au travail (le SMIT) peut prononcer l'inaptitude médicale du salarié à son poste. L'avis d'un médecin traitant, d'un médecin-conseil de la CAFAT ou du médecin de l'entreprise ne suffit pas : une inaptitude déclarée par un autre professionnel ne constitue pas une cause réelle et sérieuse de licenciement. La décision repose sur l'examen du poste et des conditions de travail par le médecin du travail, qui en tire des conclusions écrites.
Quel est le délai pour reclasser ou licencier un salarié déclaré inapte ?+
L'employeur dispose d'un mois à compter de l'avis d'inaptitude définitif pour reclasser le salarié sur un autre poste adapté ou, à défaut, engager la procédure de licenciement. Ce délai ne se suspend pas et ne se prolonge pas. Passé un mois, si le salarié n'est ni reclassé ni licencié, l'employeur doit reprendre le versement du salaire correspondant à l'emploi qu'il occupait, même si le salarié ne travaille pas. C'est l'article Lp. 127-7 du code du travail calédonien qui pose cette règle.
Un licenciement pour inaptitude doit-il être validé par l'inspecteur du travail ?+
Oui. En Nouvelle-Calédonie, lorsque le reclassement est impossible ou refusé, le licenciement pour inaptitude est soumis à l'autorisation de l'inspecteur du travail. L'employeur doit d'abord avoir consulté les délégués du personnel sur les possibilités de reclassement et notifié par écrit au salarié les motifs s'opposant à son reclassement. Si cette procédure n'est pas respectée, le licenciement peut être annulé par le tribunal du travail.
Quelles indemnités la CAFAT verse-t-elle pendant un arrêt de travail ?+
Pour une maladie d'origine non professionnelle, les indemnités journalières de la CAFAT représentent 50 % du salaire soumis à cotisations (66 % à partir de trois enfants à charge), dans la limite de 360 jours sur trois ans. Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, l'indemnité journalière atteint 100 % du salaire net du mois précédant l'accident, plafonnée à 830 304 F CFP par mois (valeur au 1er janvier 2024), versée dès le lendemain de l'accident, le premier jour restant à la charge de l'employeur.
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