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Relations & discipline· 7 min de lecture

L'entretien professionnel en Nouvelle-Calédonie

Entretien professionnel en Nouvelle-Calédonie : ce que dit (et ne dit pas) le droit calédonien, l'obligation d'adaptation, le FIAF, le plan de formation. Guide pour dirigeants.

Un dirigeant et une salariée échangent autour d'un bureau lors d'un entretien individuel dans une entreprise calédonienne
Photo : Yan Krukau / Pexels

L’entretien professionnel en Nouvelle-Calédonie soulève une question que beaucoup de dirigeants se posent sans oser la formuler : est-ce que je suis obligé de le faire, comme on l’entend pour la métropole ? La réponse, en Nouvelle-Calédonie, n’est pas celle qu’on croit. Le droit du travail calédonien est un droit à part, voté au Congrès, qui ne reprend pas mécaniquement les règles françaises. Et sur ce sujet précis, l’écart entre les deux territoires mérite qu’on s’y arrête, parce qu’une erreur d’importation de règle peut coûter cher.

Voyons ce que le droit impose réellement ici, ce qu’il laisse à votre main, et comment l’entretien s’articule avec le financement de la formation via le FIAF et la CAFAT.

Entretien professionnel en Nouvelle-Calédonie : ce que dit (et ne dit pas) le droit

Commençons par dissiper le malentendu le plus répandu. En métropole, le Code du travail français impose un entretien professionnel à intervalle régulier, avec un état des lieux récapitulatif au bout de six ans et, à défaut, un abondement correctif du compte personnel de formation. Cette mécanique, devenue récemment l’« entretien de parcours professionnel », s’appuie sur des articles qui n’ont aucune portée ici.

Pourquoi ? Parce que la Nouvelle-Calédonie est compétente en matière de droit du travail. Le Code du travail de Nouvelle-Calédonie, consultable sur le site de la Direction du travail et de l’emploi, est un texte autonome. Il ne contient pas l’obligation d’entretien professionnel périodique calquée sur le modèle métropolitain. Concrètement, un employeur calédonien ne risque pas l’abondement correctif de 3 000 euros sur le CPF que redoutent ses homologues de l’Hexagone, pour la bonne raison que ce dispositif n’existe pas sous cette forme sur le territoire.

Cela ne veut pas dire que vous êtes libre de tout. Le Livre V du Code du travail calédonien met à votre charge une obligation bien réelle : adapter vos salariés à leur emploi et veiller au maintien de leur capacité à occuper un poste, au regard de l’évolution des métiers, des technologies et des organisations. Cette obligation d’employabilité est le vrai socle juridique. Et l’entretien, même non imposé sous une forme rigide, reste le meilleur moyen de prouver que vous la respectez.

L’obligation d’adaptation : le vrai socle calédonien

C’est le point que retiennent trop peu de dirigeants. L’enjeu, en Nouvelle-Calédonie, n’est pas de cocher une case « entretien tous les deux ans ». L’enjeu, c’est de pouvoir démontrer, le jour où un litige survient, que vous avez accompagné le salarié dans l’évolution de son poste.

Imaginez un licenciement pour insuffisance professionnelle, ou une rupture liée à une réorganisation. Devant le tribunal du travail de Nouméa, la question de l’adaptation du salarié peut être centrale. Un employeur qui a tenu des entretiens réguliers, formalisé des besoins de formation et financé des actions concrètes part avec un dossier solide. Celui qui n’a rien tracé se retrouve en difficulté.

L’entretien sert donc trois fonctions très pratiques :

  • Tracer l’accompagnement professionnel du salarié dans le temps, pièce par pièce.
  • Détecter les besoins de formation avant qu’un poste ne devienne obsolète.
  • Sécuriser les décisions RH lourdes, de la mobilité interne à la rupture du contrat.

Sur ce dernier point, la logique rejoint celle d’autres outils d’encadrement de la relation de travail. Que vous formalisiez les règles collectives via le règlement intérieur en Nouvelle-Calédonie, que vous encadriez une organisation à distance comme on le voit avec le télétravail en Nouvelle-Calédonie, ou que vous documentiez un parcours via l’entretien, c’est la même philosophie : l’écrit protège.

Entretien professionnel et entretien annuel : ne pas confondre

Deux rendez-vous portent à confusion, et la confusion existe autant ici qu’ailleurs. Mettons-les côte à côte.

Critère Entretien annuel d’évaluation Entretien professionnel
Objet Performance, objectifs, résultats Avenir, compétences, formation, évolution
Regard L’année écoulée Les années à venir
Sujet interdit La performance n’y a pas sa place
Menée par Le manager direct Le manager ou les RH
Statut en NC Pratique, non imposée sous forme rigide Pratique, non imposée sous forme rigide

L’entretien annuel parle chiffres et atteinte d’objectifs. L’entretien professionnel regarde devant : où va ce salarié, de quoi a-t-il besoin pour y arriver. Mélanger les deux est l’erreur classique. Un collaborateur qui apprend en plein entretien « carrière » qu’il a raté ses objectifs se referme aussitôt, et l’échange perd tout intérêt.

En Nouvelle-Calédonie, aucun des deux n’est verrouillé par un texte qui en figerait la fréquence ou le contenu exact. Mais les deux sont des pratiques de gestion saines, et le second alimente directement votre plan de formation.

Le financement : FIAF, CAFAT et le plan de formation

C’est là que l’entretien devient concret. Tout ce que vous identifiez comme besoin de formation doit être financé, et la Nouvelle-Calédonie dispose de son propre circuit, sans rapport avec les OPCO métropolitains.

Le cadre vient de la loi du pays n°2017-7 du 21 mars 2017 relative à la formation professionnelle, qui a créé le FIAF (Fonds interprofessionnel d’assurance formation). Les contributions sont collectées par la CAFAT, pas par un organisme métropolitain. Voici le barème en vigueur :

Employeur Contribution Destination
Dès le 1er salarié 0,2 % de la masse salariale brute (plafonnée tranche 1 du RUAMM) FIAF, via la CAFAT
10 salariés et plus + 0,7 % au titre du plan de formation Financement direct ou droit de tirage FIAF
Plus de 200 salariés + 0,1 % Congés de formation

Quelques précisions utiles. La cotisation de 0,2 % s’applique depuis le 1er avril 2017 et se déclare via la déclaration nominative trimestrielle CAFAT. Son assiette est plafonnée à la tranche 1 du RUAMM, dont la valeur évolue dans le temps : confirmez le plafond du moment sur cafat.nc avant tout calcul, car c’est un paramètre qui change.

Pour le 0,7 % des entreprises de dix salariés et plus, vous avez le choix : financer directement des actions auprès de prestataires déclarés, verser au FIAF avec un droit de tirage, mutualiser, ou à défaut reverser l’insuffisance au budget de la Nouvelle-Calédonie. Ce 0,7 % peut couvrir des formations, mais aussi des bilans de compétences ou un accompagnement à la validation des acquis de l’expérience. Autant de pistes que l’entretien fait remonter.

Le bon réflexe : noter pendant l’entretien le besoin, puis le rattacher au bon véhicule de financement. Un projet d’évolution se traduit souvent par une formation prise en charge, à condition d’avoir bien construit le plan en amont.

Bien préparer ses entretiens : la méthode

Pas besoin d’usine à gaz. Quelques principes suffisent à rendre l’exercice utile, et opposable le jour où il faudra prouver l’accompagnement.

  • Convoquez à l’écrit, en précisant l’objet et en laissant au salarié le temps de préparer.
  • Séparez clairement l’évaluation de la performance et la discussion sur le projet professionnel. Deux moments, deux logiques.
  • Formalisez un compte rendu signé des deux parties. C’est cette trace qui vaut preuve.
  • Reliez chaque besoin à une action concrète : formation, bilan, VAE, mobilité, et à son financement.
  • Conservez les documents dans le dossier du salarié, année après année.

Sur les sujets de fiscalité ou de traitement comptable des actions de formation, mieux vaut s’appuyer sur un cabinet d’expertise comptable calédonien comme AXEO, partenaire d’Altheo, pour articuler proprement le volet social et le volet comptable.

Et gardez en tête que l’entretien s’inscrit dans un ensemble plus large de bonnes pratiques RH. La même rigueur documentaire vaut quand vous devez sanctionner, par exemple avec la mise à pied en Nouvelle-Calédonie : dans tous ces cas, ce que vous n’écrivez pas n’existe pas devant le juge.

Déléguez la gestion RH et paie à Altheo

Tenir des entretiens, construire un plan de formation, calculer la contribution FIAF au bon plafond, déclarer à la CAFAT chaque trimestre : tout cela prend du temps, et la moindre erreur de paramètre se paie. C’est exactement le métier d’Altheo.

Prestataire social calédonien basé à Nouméa et dirigé par Christine Barbier, Altheo externalise votre paie et votre gestion RH : bulletins, déclarations CAFAT, CRE, DNS, suivi des contributions formation, sécurisation des process RH. En binôme avec le cabinet comptable AXEO, vous disposez d’un interlocuteur unique pour le social et le comptable, calé sur le droit calédonien et pas sur des règles importées.

Vous voulez vous concentrer sur votre activité plutôt que sur les déclarations ? Découvrez nos services d’externalisation paie et RH, et demandez un devis adapté à la taille de votre entreprise.


Cet article est informatif ; les taux et modalités évoluent, vérifiez l’information à jour auprès des organismes calédoniens (DTENC, CAFAT, FIAF, DFPC).

Questions fréquentes

L'entretien professionnel est-il obligatoire en Nouvelle-Calédonie comme en métropole ?+

Non. Le rendez-vous formalisé et codifié de la métropole (l'entretien de parcours professionnel, héritier de l'entretien professionnel tous les deux ans, avec état des lieux à six ans et abondement correctif du CPF) repose sur le Code du travail français, qui ne s'applique pas en Nouvelle-Calédonie. Le territoire a sa propre compétence en droit du travail. Le Code du travail calédonien n'impose pas cet entretien périodique précis. Il pose en revanche une obligation à la charge de l'employeur : adapter ses salariés à leur poste et maintenir leur capacité à occuper un emploi. L'entretien reste donc le meilleur outil pour tracer cette obligation, sans être imposé sous cette forme. Vérifiez l'état du droit auprès de la DTENC.

Quel est le taux de la contribution formation à verser à la CAFAT en Nouvelle-Calédonie ?+

Tout employeur du secteur privé, dès le premier salarié, verse une cotisation de 0,2 % de la masse salariale brute plafonnée à la tranche 1 du RUAMM, en vigueur depuis le 1er avril 2017. Elle est collectée par la CAFAT via la déclaration nominative trimestrielle, puis reversée au FIAF (Fonds interprofessionnel d'assurance formation). Les entreprises de 10 salariés et plus ont en plus une obligation de 0,7 % au titre du plan de formation, et celles de plus de 200 salariés ajoutent 0,1 % pour les congés de formation. Le plafond de la tranche 1 évolue : confirmez sa valeur du moment sur cafat.nc.

Faut-il confondre entretien professionnel et entretien annuel d'évaluation ?+

Ce sont deux choses différentes, en NC comme ailleurs. L'entretien annuel d'évaluation porte sur la performance, les objectifs et les résultats du salarié sur l'année écoulée : il sert à manager. L'entretien professionnel, lui, ne parle pas de performance mais de l'avenir : projet, compétences, besoins de formation, évolution possible. En Nouvelle-Calédonie, ni l'un ni l'autre n'est imposé par un texte sous une forme rigide, mais les deux sont des pratiques de bon sens qui sécurisent la relation de travail et alimentent le plan de formation financé via le FIAF.

Comment financer la formation décidée pendant un entretien professionnel en NC ?+

Trois leviers principaux. D'abord la cotisation de 0,2 % versée au FIAF ouvre l'accès, pour les entreprises de moins de 10 salariés, à des formations, bilans de compétences ou accompagnements VAE inscrits au plan de formation. Ensuite, pour les entreprises de 10 salariés et plus, le 0,7 % peut financer directement des actions, ou être versé au FIAF avec un droit de tirage. Enfin, des dispositifs comme le bilan de compétences, la VAE ou le congé de formation professionnelle complètent l'arsenal. Un prestataire social comme Altheo cale le plan, calcule les contributions et gère les déclarations CAFAT.

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